L’Entrevue Magazine : Dans quelle mesure les critères exigés par les institutions financières constituent-ils un obstacle spécifique pour les femmes, notamment celles issues du secteur informel ?
Hélène Gakuru :
Aujourd’hui pour avoir accès à un crédit, les banques posent certaines conditions inadaptées à l’informel dont les principales sont les garanties ou hypothèques mais surtout la formalisation des activités entrepreneuriales. Si l’aspect garantie peut-être résolu en partie par le FOGEC et certains organismes internationaux qui couvrent les garanties des entrepreneurs auprès des banques, l’aspect formalisation en revanche s’avère encore difficilement soluble. En effet, il a été constaté que la majorité des femmes exercent des petites activités que l’on pourrait qualifier de survie. Elles sont généralement des femmes maraichères, des mamans « malewas », des vendeuses de pains, d’oranges... Mais ces dernières activités sont pour la plupart non enregistrées auprès de l’Etat. Certaines femmes ont réussi à se lancer dans des activités plus grandes mais préfèrent encore se cacher derrière la crainte d’affronter les paiements fiscaux qu’elles estiment contraignants. Il est donc impérieux de conscientiser les femmes, et c’est ce que nous essayons de faire lors de toutes nos conférences, sur la nécessité pour les activités des femmes de se formaliser et d’avoir la culture de paiement d’impôts.
L’Entrevue Magazine : Selon votre expérience, quelles sont les conséquences de ce déficit d’accès au crédit sur la croissance et la pérennité des entreprises dirigées par des femmes ?
Hélène Gakuru : Aujourd’hui ce manque de crédit limite la compétitivité des entreprises dirigées par les femmes et ne leur permet pas de s’épanouir. Et pourtant, si les femmes recevaient ces financements, elles arriveraient à diversifier leurs activités en investissant dans des secteurs à forte valeur ajoutée et de ce fait avoir une forte participation à l’économie. Toutefois, cette situation n’apporterait une pérennité que dans la mesure où ces fonds sont correctement utilisés.
L’Entrevue Magazine : Le FOGEC a pour mission de faciliter le financement de l’entrepreneuriat congolais. Concrètement, quels dispositifs spécifiques sont mis en place pour soutenir les femmes entrepreneures ?
Hélène Gakuru : A ce jour, le FOGEC n’a pas encore mis en place un produit dédié uniquement aux femmes. Nous sommes en pleine négociation pour une collaboration avec une Microfinance de la place qui permettra l’obtention des crédits pour des femmes, des mamans œuvrant dans l’agriculture sous couverture partielle de la garantie du FOGEC.
Dans l’ensemble, le FOGEC reçoit les dossiers des entrepreneurs congolais âgés de 18 à 65 ans, sans distinction de genre ; toutes les activités sont éligibles, exception faites des négoces, à condition d’être rentable, de créer de la valeur sur le plan national et être formalisé. Il est exigé aussi aux entrepreneurs d’appartenir à une structure d’encadrement et être en règle avec la fiscalité.
D’ailleurs pour sa première cohorte, le nombre de femmes ayant été financé était plus élevé que les hommes même si la tendance a baissé avec les 3 autres cohortes qui ont suivi. Nous espérons que la tendance pourra se relever comme au départ avec les sensibilisations faites auprès de la gente féminine.
"Aujourd’hui, le pouvoir public et les partenaires financiers mettent en place plusieurs dispositifs en vue d’améliorer l’accès au financement des femmes."