L’Entrevue Magazine : Vous êtes coach et formatrice en entrepreneuriat. Quel a été l’élément déclencheur personnel ou professionnel qui vous a conduite à accompagner les porteurs de projets dans leur parcours entrepreneurial ?
Lydia Saku : J’ai moi-même peiné à faire décoller mes premiers projets. J’avais des idées, de l’envie, de l’énergie, mais malgré tous mes efforts, les résultats tardaient à venir. À un moment, j’ai compris que le problème n’était pas le manque de motivation, mais le manque de méthode et de structuration.
C’est lorsque j’ai commencé à me former en entrepreneuriat, en gestion, en stratégie, en organisation que tout a changé. J’ai réalisé que l’entrepreneuriat n’est pas inné : il s’apprend. En appliquant les bons outils et les bonnes approches, mes projets ont enfin commencé à décoller, de manière plus claire et plus durable.
Ce déclic a été déterminant. Je me suis rendu compte que si l’accompagnement et la formation avaient pu transformer mon propre parcours, ils pouvaient faire la même chose pour beaucoup d’autres. J’ai alors ressenti le besoin presque naturel d’orienter, de transmettre et d’accompagner à mon tour.
"Ce que je constate sur le terrain, c’est que ce syndrome apparaît surtout chez des personnes compétentes, exigeantes envers elles-mêmes et conscientes de leurs responsabilités."
L’Entrevue Magazine : Le syndrome de l’imposteur est-il une exclusivité féminine ?
Lydia Saku : Non, le syndrome de l’imposteur n’est pas une exclusivité féminine. Il concerne aussi bien les femmes que les hommes, surtout dès qu’une personne évolue, prend de nouvelles responsabilités ou sort de sa zone de confort.
La différence se situe davantage dans la manière dont il s’exprime. Chez les hommes, il est souvent masqué par l’assurance, l’hyper-performance ou le silence. Chez les femmes, il est plus fréquemment verbalisé : doutes, auto-censure, peur de ne pas être légitime, besoin de validation.
Ce que je constate sur le terrain, c’est que ce syndrome apparaît surtout chez des personnes compétentes, exigeantes envers elles-mêmes et conscientes de leurs responsabilités. Ce n’est donc pas un signe de faiblesse, mais souvent la preuve que l’on se situe à un niveau de croissance.
L’Entrevue Magazine : Comment le décririez-vous lorsqu’il s’infiltre dans les ambitions d’une femme entrepreneure ?
Lydia Saku : Lorsqu’il s’infiltre dans les ambitions d’une femme entrepreneure, le syndrome de l’imposteur la fait douter d’elle-même alors même qu’elle avance.
Elle travaille, elle se bat, elle obtient parfois des résultats… mais intérieurement, elle a cette petite voix qui lui dit : « Et si je n’étais pas à la hauteur ? »Elle ne se sent jamais totalement prête, jamais totalement légitime. Du coup, elle se freine elle-même, souvent sans s’en rendre compte.
Je le vois chez beaucoup de femmes : elles portent de grandes ambitions, mais elles ont peur de déranger, de prendre trop de place, d’échouer ou même de réussir. Alors elles repoussent, elles se contentent de moins, elles attendent une validation extérieure avant de s’autoriser à aller plus loin.
Ce qui me touche le plus, c’est que ce syndrome ne vient pas d’un manque de capacité, mais d’un manque de confiance en soi nourri par le regard des autres et parfois par l’histoire personnelle.
Et quand on prend le temps d’en parler, de normaliser ces doutes et de les travailler, on voit quelque chose de très beau se produire : la femme recommence à croire en elle, et ses ambitions retrouvent naturellement leur place.
L’Entrevue Magazine : Quels comportements vous semblent caractéristiques de ce sentiment d’illégitimité chez les femmes que vous accompagnez ?
Lydia Saku : Chez les femmes que j’accompagne, le sentiment d’illégitimité se reconnaît souvent à une chose simple : elles avancent, mais en silence.
Elles réussissent, elles gèrent des équipes, elles font tourner des entreprises, mais elles ne parlent pas d’elles. Quand on leur propose de témoigner, de partager leur parcours ou de prendre la parole, elles répondent souvent : « Il y a d’autres personnes plus légitimes que moi » ou « je n’ai pas encore assez réussi ».
Je vois aussi des femmes qui ont déjà franchi plusieurs étapes, mais qui continuent à douter : elles hésitent à se positionner comme expertes, à donner leur avis, à assumer leur place. Résultat : beaucoup de jeunes femmes pensent qu’il n’existe pas de modèles de réussite féminins, alors qu’en réalité, ces modèles sont là… mais cachés.
Ce sentiment d’illégitimité ne les empêche pas d’agir, il les empêche d’oser pleinement être visibles.
L’Entrevue Magazine : En quoi ce sentiment persistant peut-il freiner la prise d’initiative ou la croissance d’un projet porté par une femme ?
Lydia Saku : Concrètement, une femme peut avoir une bonne idée, un projet qui fonctionne, des clients, mais elle hésite à passer à l’étape suivante. Elle repousse certaines décisions importantes : investir, recruter, augmenter ses prix, chercher des partenaires ou se positionner sur de plus gros marchés. Non pas parce qu’elle n’en est pas capable, mais parce qu’elle doute encore de sa légitimité à aller plus loin.
Je vois souvent des projets qui avancent au ralenti alors qu’ils ont le potentiel de croître. Les opportunités sont là, mais elles ne sont pas toujours saisies. La prise d’initiative devient plus prudente, parfois trop prudente. On préfère rester dans ce qui est maîtrisé plutôt que d’oser une nouvelle étape qui ferait grandir le projet.
À long terme, ce sentiment n’arrête pas forcément le projet, mais il le limite. Il empêche la vision de s’élargir et la croissance de s’accélérer. Et c’est dommage, parce que lorsqu’une femme commence à se faire confiance, à reconnaître sa valeur et à oser, on voit très vite l’impact.






