Le constat est amer pour de nombreux porteurs de projets : l’accès au crédit demeure le principal goulot d’étranglement. Lors d’un panel dédié à la « structuration à l’investissement », les intervenants ont décortiqué les raisons de cette frilosité des institutions financières, tout en traçant des pistes concrètes pour rendre l’entrepreneuriat agricole plus attractif.
La préparation, le nerf de la guerre pour l’entrepreneur
Avant même d’évoquer les garanties bancaires ou les taux d’intérêt, un préalable s’impose : la préparation de l’entrepreneur lui-même. Odia Kabakele, coach et accompagnatrice d’entrepreneurs, a insisté sur la nécessité d’un changement de mentalité chez les jeunes agripreneurs. « Cela exige à l’entrepreneur d’être préparé. Quand on ne se forme pas, on se déforme. » a-t-elle martelé, évoquant la qualité parfois défaillante des pitchs présentés lors du salon. Elle invite les acteurs du secteur à faire preuve d’humilité et à « apprendre à désapprendre pour réapprendre », condition sine qua non pour passer d’une simple idée agricole à une entreprise viable.
Cette vision est partagée par le secteur bancaire, qui exige désormais un professionnalisme accru. Jean Bosco Kaomba, représentant d’ADVANCE, a détaillé les critères scrutés par les banquiers avant tout décaissement. Au-delà du business plan, la sécurisation du foncier reste un point crucial. « L’agriculteur a-t-il assez de sol pour ce qu’il veut faire ? A-t-il tous les documents inhérents à l’activité ? », a-t-il interrogé, pointant du doigt la précarité de nombreuses exploitations opérant sur des terrains cédés par les autorités locales sans titres solides. Une insécurité juridique qui décourage les préteurs.
Privilégier la chaîne de valeur
Face aux risques climatiques et structurels liés à la production primaire, les banques affichent une stratégie claire : financer la chaîne de valeur plutôt que le champ. M. Bamikole, représentant de la FBN Bank, a été limpide sur ce point. « La banque est beaucoup plus à l’aise à financer le packaging, les infrastructures logistiques, le transport ou les intrants, plutôt que la production en elle-même. » a-t-il expliqué.
Cette orientation stratégique, si elle peut frustrer les producteurs, révèle une nouvelle dynamique d’investissement : les capitaux se dirigent vers les segments où la rentabilité est plus rapide et le risque plus maîtrisable. Pour les entrepreneurs, cela implique de se positionner intelligemment sur l’ensemble de la chaîne de valeur, en intégrant la transformation et la logistique à leurs modèles économiques.
L’innovation récompensée
Au-delà des mots, le Salon a tenu ses promesses en matière d’action. La cérémonie de clôture a été marquée par la proclamation des start-up ayant bénéficié de financements. Une bouffée d’oxygène pour un écosystème qui cherche à prouver que l’agriculture de demain se conjugue avec le digital et l’innovation. La présence active de l’ANAPEX durant ces deux journées témoigne de la volonté des institutions publiques d’accompagner cette montée en gamme vers une agriculture plus structurée et tournée vers les marchés.
Fermant le rideau de cette sixième édition, une conviction demeure : l’agriculture congolaise ne manque ni de potentiel ni de volontaires, mais elle doit impérativement gagner en structuration, en formation et en sécurité foncière pour transformer l’essai de l’investissement.






