L'Entrevue Magazine : Vous précisez que ce dashboard est une "couche analytique complémentaire" aux systèmes existants et ne remplace pas les autorités sanitaires. Concrètement, comment un acteur de santé publique ou un épidémiologiste sur le terrain peut-il utiliser votre dashboard au quotidien pour cibler les zones prioritaires ?
Franklin Mwamba : Un acteur de santé publique peut l’utiliser comme une couche de priorisation. Concrètement :
- Visualiser la carte du risque à 7 jours ;
- Identifier les zones non encore touchées mais à haute priorité ;
- Croiser le risque avec la vulnérabilité pour obtenir un score de priorité (risque × vulnérabilité) ;
- Suivre particulièrement les PoE et les corridors frontaliers ;
- Orienter là où renforcer la surveillance, le dépistage ou le pré-positionnement.
L’outil ne dit pas « déployez immédiatement ici » à la place des autorités. Il dit plutôt : « Voici les zones où le signal de risque est le plus fort ; vérifiez, discutez, et priorisez. » C’est une aide à la décision, complémentaire aux systèmes officiels.
L'Entrevue Magazine : Issu de l'Université de Kinshasa et en lien avec l'écosystème de recherche local (INRB), quelles sont les prochaines étapes pour cet outil ? Envisagez-vous d'étendre ce modèle à d'autres épidémies ou de le déployer à l'échelle régionale dans d'autres pays d'Afrique centrale ?
Franklin Mwamba : D’abord, renforcer l’usage opérationnel avec les acteurs locaux : validation terrain, meilleure explicabilité des alertes, et collaboration étroite avec les équipes de riposte pour mieux aligner l’outil sur les besoins du terrain.
Ensuite, améliorer le modèle : calibration dans le temps, seuils d’alerte adaptés aux contextes locaux, et intégration de nouvelles couches de données lorsqu’elles seront disponibles.
Troisièmement, mieux prendre en compte l’engagement communautaire. Une alerte n’a de valeur que si elle est comprise, acceptée et relayée au niveau des communautés. Nous voulons donc travailler davantage avec les acteurs de terrain, les relais communautaires et les structures locales, afin que l’outil s’inscrive dans une riposte plus proche des populations.
À plus long terme, nous envisageons aussi d’étendre l’approche à d’autres épidémies et, progressivement, à d’autres contextes d’Afrique centrale, dans un cadre de collaboration scientifique et institutionnelle solide.
L'Entrevue Magazine : Votre mot de la fin.
Franklin Mwamba : L’intelligence artificielle ne remplacera jamais l’expertise des soignants, des épidémiologistes et des décideurs. Mais bien conçue, ancrée dans les données locales et mise au service du terrain, elle peut aider à gagner du temps. Or, dans une épidémie, le temps sauve des vies. Notre ambition est simple : contribuer, à une santé publique plus anticipative, plus précise et plus souveraine.