Innovation

De l’outil à la stratégie : Comment l’IA redéfinit la compétitivité des PME et de la sous-traitance en RDC

À travers cet entretien, Jean-Pierre Mbula, professionnel en cybersécurité, démontre que l’intelligence artificielle dépasse le simple cadre de la productivité ou de la création de contenus. Pour le tissu économique congolais, l’IA ne constitue pas une solution miracle, mais un levier essentiel capable de renforcer la compétitivité des PME et des sous-traitants locaux. En structurant leurs données, en formant leurs équipes à un usage critique et en répondant aux exigences de conformité et de gouvernance, les entrepreneurs de la RDC peuvent transformer l’IA en un véritable vecteur de croissance adapté aux réalités du terrain.

Jean-Pierre Mbula, professionnel en cybersécurité
Jean-Pierre Mbula, professionnel en cybersécurité
L'Entrevue Magazine : L’accès direct à Claude AI, cet assistant virtuel développé par l'entreprise américaine Anthropic, en République Démocratique du Congo sans passer par un VPN est une excellente nouvelle d'actualité. Mais au-delà de cet outil spécifique, n'est-ce pas le signal que l'accès aux technologies IA de pointe est désormais un prérequis indispensable pour l'ensemble du tissu économique congolais ?

Jean-Pierre Mbula : Bien évidemment. L’accès aux outils technologiques est un prérequis indispensable pour l’ensemble du tissu économique congolais, et pas seulement aux outils d’IA générative, que beaucoup utilisent aujourd’hui comme des outils de productivité.
L’enjeu majeur reste surtout de résoudre des problèmes réels grâce à la technologie, mais aussi de sensibiliser et de former à grande échelle afin de maximiser leur utilisation et leur impact dans notre économie.

L'Entrevue Magazine : Lorsqu'on parle d'IA dans un contexte africain, on pense souvent à la création de contenus ou à la programmation. Concrètement, comment un dirigeant de PME industrielle, commerciale ou de services peut-il utiliser les modèles de langage et d'analyse pour automatiser et fiabiliser ses opérations internes ?

Jean-Pierre Mbula : Je pense qu’il faut voir l’IA au-delà de la création de contenus ou de la programmation. Pour un dirigeant de PME, l’IA peut surtout être utilisée pour automatiser certaines tâches internes, analyser les données de l’entreprise et faciliter la prise de décision.

Par exemple, elle peut aider à analyser les ventes, suivre les stocks, traiter les documents, préparer les rapports, répondre aux clients ou encore analyser les données financières.

Mais l’objectif n’est pas simplement d’utiliser l’IA parce que c’est une nouvelle technologie. L’objectif est surtout de résoudre les problèmes réels de l’entreprise, réduire les tâches répétitives, limiter les erreurs et permettre au dirigeant d’avoir la bonne information au bon moment pour prendre de meilleures décisions.

L'Entrevue Magazine : En RDC, le secteur de la sous-traitance est au coeur des enjeux économiques notamment dans les mines, les télécoms et le BTP. Les grands donneurs d'ordres imposent des normes strictes de conformité, de reporting et de gouvernance. L'IA peut-elle aider les PME locales à franchir ce cap d'exigence et à rivaliser avec les prestataires internationaux ?

Jean-Pierre Mbula : La plupart du temps, le manque de professionnalisme, de rigueur et le non-respect des exigences de conformité peuvent poser problème aux PME qui veulent travailler avec de grands donneurs d’ordres. L’IA peut les aider à mieux s’organiser, à faciliter l’accès à l’information, à automatiser certaines tâches et à améliorer le reporting.
Mais avant de voir l’IA comme une solution, il faut surtout s’attaquer aux problèmes structurels de la sous-traitance et bien comprendre les réalités des secteurs concernés, notamment les mines, les télécoms et le BTP.

"L’IA n’est pas une solution miracle à tous les problèmes. Elle doit surtout être utilisée pour répondre à des problèmes réels et améliorer ce qui existe déjà."
L'Entrevue Magazine : L'efficacité de l'IA repose sur la qualité des données. Face au manque fréquent de bases de données structurées en RDC, comment les entrepreneurs locaux doivent-ils alimenter et paramétrer ces systèmes pour obtenir des analyses pertinentes, adaptées à la réalité du terrain et réglementaire locale ?

Jean-Pierre Mbula : C’est vrai que l’efficacité de l’IA dépend de la qualité des données qu’on lui donne. Mais je pense que le manque de bases de données structurées en RDC ne doit pas être un frein. Les entrepreneurs doivent d’abord commencer par bien structurer leurs propres données, les organiser et les centraliser. L’IA pourra ensuite les aider à analyser ces données et à prendre de meilleures décisions.

Il faut aussi adapter les outils à notre réalité locale et surtout aux besoins de chaque entreprise. Au final, le problème n’est pas seulement d’avoir accès à l’IA, mais de savoir quelles données utiliser et quel problème réel on veut résoudre avec cette technologie.

L'Entrevue Magazine : Adopter l'IA ne consiste pas simplement à acheter un abonnement ou créer un compte. Quels sont les compétences clés et les changements de culture managériale que les dirigeants doivent instiller pour que l'IA devienne un actif de l'entreprise et non une source de passivité ou d'erreurs ?

Jean-Pierre Mbula : Pour moi, le plus important est d’abord de former les équipes à l’utilisation de ces outils. Il faut comprendre ce que l’IA peut faire, mais aussi connaître ses limites, parce qu’elle peut aussi produire des erreurs.

Le dirigeant doit donc créer une culture où les employés utilisent l’IA pour gagner en productivité et résoudre des problèmes, et non pour réfléchir à leur place. Il faut aussi mettre en place des règles simples sur l’utilisation des données, la confidentialité et la vérification des résultats.

L’IA doit rester un outil au service de l’humain. Si on commence à lui faire confiance sans vérifier, elle peut devenir une source d’erreurs plutôt qu’un avantage pour l’entreprise.

L'Entrevue Magazine : Si nous nous projetons à l'échelle des 3 aux 5 prochaines années, quel impact l'intégration généralisée de l'IA peut-elle avoir sur la valeur ajoutée produite en RDC par nos entrepreneurs ?

Jean-Pierre Mbula : Comme je l’ai dit, l’IA n’est pas une solution miracle. Mais si elle est bien utilisée, elle peut avoir un impact important sur la valeur ajoutée produite par nos entrepreneurs. Elle peut permettre aux entreprises de gagner en productivité, de réduire certaines tâches répétitives, d’améliorer leurs services et surtout de prendre de meilleures décisions.

Mais pour moi, le plus important est de ne pas simplement utiliser l’IA pour faire ce que les autres font déjà. Il faut surtout l’utiliser pour résoudre nos propres problèmes, améliorer nos entreprises et créer de nouvelles solutions adaptées à notre réalité.

"Si nos entrepreneurs arrivent à faire cela, l’IA peut devenir un véritable levier de croissance et de compétitivité pour la RDC."

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