L'Entrevue Magazine : L’entrepreneuriat en RDC est souvent une montagne russe. Quel mécanisme mental ou stratégique avez-vous mis en place pour garder le cap lors des périodes de vaches maigres ou d’instabilité du marché ?
Patrick Bakala : C’est le rôle de tout businessman, l’anticipation. Ça veut dire qu'il faut apprendre à avoir des tableaux de bord [rire]. Il faut apprendre à gérer, à planifier les projets, à planifier les facturations et surtout ne pas naviguer à vue. C’est en fonction de ça que vous avez une visibilité. La gestion est une part importante de la vie des ingénieurs.
L'Entrevue Magazine : Quelle est votre vision de la responsabilité d’un entrepreneur MEP dans la modernisation de nos villes et dans l’amélioration de la qualité de vie des Congolais ?
Patrick Bakala : C'est le challenge le plus important pour un entrepreneur en général et pour un ingénieur en particulier. Un entrepreneur offre un produit par rapport à une certaine forme de demande. Un ingénieur trouve des solutions à partir de certains problèmes. Alors le simple fait d'avoir un métier d'ingénieur du bâtiment et de connaître les normes, font que les bâtiments que nous produisons permettent d'améliorer la qualité de vie des citoyennes et des citoyens.
Vous est-il déjà arrivé d’entrer dans certains bâtiments où vous sentez qu'il y a des odeurs ? Pourtant, il y a des règles pour éviter cela. Ou que dans certains bureaux, l'éclairage vous fait mal aux yeux ou à la tête ? Tout simplement parce que les normes de niveau d'éclairement ne sont pas respectées. Connaître et appliquer les normes, c’est cette valeur ajoutée qui permet d'améliorer la qualité de vie des personnes qui nous sollicitent ; et ce, que ce soit dans le domaine résidentiel, tertiaire, hospitalier ou autre.
L'Entrevue Magazine : Vous êtes connu pour votre attachement aux racines culturelles et à l’excellence. Si vous deviez identifier une seule compétence « non technique » que les jeunes ingénieurs congolais doivent absolument acquérir pour réussir en affaires, laquelle serait-ce ?
Patrick Bakala : Aisément, on dirait la discipline, mais moi, j’opterai également pour la curiosité. Car il ne faut pas s'asseoir sur ses lauriers ou ses acquis. Un ingénieur apprend tous les jours. Et aujourd’hui, à l'ère du numérique, il est assez simple d'avoir accès à l'information. Donc, il ne faut vraiment pas se gêner d'aller chercher l'information.
Il faut être curieux. Cela vous permet vraiment d'avoir un esprit très ouvert et d’obtenir la capacité d'absorber beaucoup de choses durant toute votre vie. Et au fur et à mesure que l'expérience grandit, vous absorbez encore mieux les éléments. La curiosité, pour moi, est fondamentale.
L'Entrevue Magazine : Quel message souhaiteriez-vous laisser à un jeune de 20 ans qui hésite aujourd’hui à se lancer dans l’entrepreneuriat technique à Kinshasa ou en province ?
Patrick Bakala : Je lui dirais, si tu veux entreprendre vas-y. Cependant que ça ne soit pas simplement par effet de mode. Pas tout le monde est appelé à être entrepreneur, pour preuve quand tu entreprends, tu auras besoin de personnes qui, elles, vont faire peut-être carrière chez toi. Tu dois avoir l’ADN de l’entrepreneur. L’auteur Robert Greene parle des inclinations ; c'est-à-dire que vous devez avoir ce truc, cette fibre entrepreneuriale, pour vous lancer. Un entrepreneur, c'est un état d'esprit, c’est une façon de vivre, c'est une façon de vouloir faire des choses...
À 20 ans, je ne recommande à personne d'être entrepreneur. Ayez quand même un peu d'expérience ; c'est important. Surtout dans les domaines d'ingénierie, il est important d'avoir commencé et terminé au moins une fois dans sa vie un projet.
Il faut impérativement commencer un projet dès la signature du contrat jusqu'à la remise définitive des clés au client. Quand on a fait ça, je pense qu'on est capable de comprendre le métier d'ingénierie du bâtiment et de devenir un entrepreneur du domaine.