Des contrôles limités à 14 sociétés
À ce jour, l'ARSP n'a contrôlé que 14 sociétés minières. Elles appartiennent à de grands groupes : Glencore (KCC, Mutanda Mining), Ivanhoe Mines (Kamoa-Kakula, Kipushi), Sicomine et CMOC (TFM). Les contrôles couvrent la période 2020-2025, de façon partielle pour certaines sociétés déjà vérifiées auparavant.
Les entreprises concernées ne disposaient même pas de l'attestation de sous-traitance. Elles « ne se sont même pas donné la peine » de recourir à un prête-nom pour l'obtenir, a relevé le DG. L'ARSP a croisé sa base des attestations délivrées avec les listes de fournisseurs des entreprises principales : la majorité des bénéficiaires de marchés n'en détenaient pas. Ted Beleshayi y voit une « volonté de narguer l'État ». Il a toutefois refusé de se prononcer sur d'éventuelles complicités internes depuis 2020. Les injonctions ont été publiées sur le site de l'ARSP et sur son compte X.
Un taux de conformité « sur papier »
Les données déclaratives de 2025 dressent un tableau plus favorable. Cette année-là, 167 grandes entreprises ont déclaré 3,7 milliards de dollars de contrats de sous-traitance. Sur ce total, 3,1 milliards, soit 83%, sont allés à des sociétés de droit congolais à capitaux majoritairement congolais. Le secteur minier en représente 2,9 milliards. Les quelque 600 millions restants ont été attribués à des entreprises ne remplissant pas les critères d'éligibilité.
Le DG a lui-même relativisé ce taux, valable selon lui « sur papier ». Il a reconnu la pratique « très répandue » des prête-noms et promis de s'y attaquer « bientôt ». Il a rappelé que des dérogations restent possibles lorsqu'une expertise est indisponible localement, à condition que l'entreprise principale prouve l'échec de l'appel d'offres. « Vous ne pouvez pas venir au Congo et bafouer toutes les lois », a-t-il averti.
Une institution à recrédibiliser
Ted Beleshayi dit avoir hérité d'une institution discréditée, au personnel « démobilisé ». Elle « n'était plus respectée » et passait, selon lui, pour un « racketteur » auprès des entreprises. Il a refusé de se prononcer sur le passif et la gestion de ses prédécesseurs, objets d'un audit dont il attend les résultats.
Il affirme avoir recadré la méthode. Auparavant, une même entreprise pouvait être contrôlée deux à trois fois sur un exercice, sur des périodes à cheval entre deux exercices comptables, donc à partir de chiffres provisoires. Les contrôles portent désormais sur des exercices clôturés, à partir des journaux de banque, des balances fournisseurs et des grands livres. Le DG dit avoir aussi relancé les contrôles initiés par son prédécesseur et activé deux rubriques budgétaires votées mais jamais exécutées. Il revendique ainsi de ne pas avoir fait « table rase » du passé.
Inspecteurs, campagne de novembre, attestations en ligne
Sa plus grande fierté, dit-il, est la restructuration de la direction de l'inspection et du contrôle. Par recrutement interne, il a constitué un « corps d'élite » de 55 inspecteurs, dont la formation s'achève mercredi. Ils seront encadrés en brigades par des inspecteurs des finances expérimentés. Une vaste campagne couvrant tous les secteurs de la sous-traitance est annoncée pour novembre. Les déclarations doivent s'étendre aux télécoms, au BTP, à l'énergie et aux services.
Seconde réalisation revendiquée : la délivrance des attestations en ligne, mise en place en un mois. L'ARSP en délivre désormais 480 par mois en moyenne, contre environ 80 entre 2020 et 2025, selon ses calculs.
De la liste à la propriété réelle. Que doit-on attendre ?
L'enjeu crucial de la mission de Ted Beleshayi tient dans le passage du documentaire à l'enquête. En croisant la base des attestations avec les listes de fournisseurs, l'ARSP a établi un constat simple : « la majorité des bénéficiaires de marchés n'en détenaient pas ». Mais ce constat ne révèle que la fraude la plus visible, celle de sociétés qui ne se sont « même pas donné la peine » de recourir à un prête-nom. Or le DG reconnaît lui-même que cette pratique est « très répandue » et promet de s'y attaquer « bientôt ».
C'est là que se jouera la réussite de sa mission. Tant qu'aucune enquête n'aura porté sur les véritables propriétaires et actionnaires, la frontière entre une société réellement congolaise et une façade restera invisible, et le taux de conformité de 83% restera, selon ses propres mots, valable « sur papier ». La campagne annoncée pour novembre dira si l'ARSP sait remonter jusqu'à ceux qui profitent réellement des contrats de sous-traitance.






