"Le gouvernement congolais a mis en place des politiques visant à développer les infrastructures, reconnaissant leur rôle crucial dans la croissance économique et l'amélioration des conditions de vie."
Cliver Bosoki : En 2024, le BTP a généré plus de 24 milliards de Dollars en RDC en termes d’acquisitions foncières, des infrastructures et de construction et a créé près de 600 000 emplois directs et indirects. Comment expliquez-vous cette dynamique de transformation impressionnante ?
Karine Esambo : Ceci peut s’expliquer par une combinaison des facteurs interdépendants. Nous avons :
- Forte demande en infrastructure : la RDC accuse un déficit infrastructurel considérable dans divers domaines tels que le transport (routes, ponts, aéroports), le logement, l’éducation, la santé et l’énergie. Cette demande latente, exacerbée par la croissance démographique et le besoin de développement économique a stimulé les investissements et les projets de construction.
- Initiative gouvernementale et politiques publiques : le gouvernement congolais a mis en place des politiques visant à développer les infrastructures, reconnaissant leur rôle crucial dans la croissance économique et l’amélioration des conditions de vie. Des projets structurants ont été lancés et améliorés en 2024, attirant ainsi les investissements nationaux et internationaux.
- Investissement étrangers et partenariats : la RDC est devenue une destination de plus en plus attractive pour les investisseurs étrangers en BTP. Des partenariats public-privé (PPP) et des accords bilatéraux ont permis de mobiliser des financements importants pour des projets d’envergure.
- Exploitation des ressources naturelles et croissance économique : les revenus générés par l’exploitation des ressources naturelles, bien que représentant un défi en termes de diversification économique, ont pu être partiellement réinvestis dans le développement des infrastructures alimentant ainsi l’activité du BTP. La croissance économique globale du pays en 2024 a également contribué à cette dynamique.
- Urbanisation croissante : l’exode rural et la croissance rapide des villes congolaises ont engendré une forte demande en logement, bâtiments commerciaux et infrastructures urbaines.
- Développement du secteur privé : l’émergence et la croissance des entreprises congolaises dans ce secteur aux côtés des acteurs internationaux ont renforcés les capacités locales en matière de construction et ingénierie.
- Stabilité politique relative : bien que fragile par moment, une certaine stabilité politique a pu créer un environnement plus propice aux investissements et à la mise en oeuvre des projets de développement.
- Création d’emplois : l’accent mis sur la création d’emplois a pu favoriser le soutien par l’Etat aux projets du BTP.
Bref globalement parlant, cette dynamique de transformation en 2024 témoigne d’un élan important dans le secteur du BTP en RDC ; ce qui est potentiellement porteur de développement économique et social pour le pays.
Cliver Bosoki : Contrairement à certains pays africains comme l’Afrique du Sud, l’Egypte ou le Maroc, en RDC on constate que le marché des grands travaux est plus confié généralement aux experts et ingénieurs étrangers. Quelle est votre appréhension par rapport à cela ?
Karine Esambo : Contrairement à certains pays africains, la forte présence d’experts et d’ingénieurs étrangers dans le secteur des grands travaux en RDC peut refléter un déficit temporaire de certaines expertises et techniques locales très pointues. Ou par ailleurs, cela symbolise tout simplement un manque d’entreprises congolaises ayant la taille et l’expérience requises pour des projets d’envergure peut-être…
Cependant, cette situation soulève des questions importantes quant au renforcement des capacités locales, au transfert des compétences et à la nécessité de favoriser l’émergence d’une expertise congolaise solide dans ce domaine crucial pour l’avancée du pays. Il est essentiel d’investir dans la formation, l’éducation et le soutien aux entreprises locales pour une plus grande participation congolaise à l’avenir.
Cliver Bosoki : Pensez-vous que les bureaux d’études et autres cabinets locaux ont du mal à trouver leur place dans ce secteur qui ne dort jamais ?
Karine Esambo : Oui, je pense que ces derniers peuvent rencontrer des difficultés à s’imposer pleinement dans ce secteur ici en RDC.
Et plusieurs facteurs peuvent expliquer cela ; il s’agit notamment du manque d’expérience et de références sur des projets d’envergures, capacités techniques et financières limitées, concurrence internationale forte (ou très forte), accès aux garanties et financements limités, défis administratifs et réglementaires, faible culture de collaboration et de groupement, etc.
Cliver Bosoki : Pensez-vous que l’Etat congolais offre suffisamment de chance aux experts et ingénieurs locaux pour se faire valoir ?
Karine Esambo : Oui, je pense que l’Etat congolais pourrait faire davantage pour offrir des opportunités aux experts et ingénieurs locaux. Bien qu’il y ait une volonté affichée de promouvoir l’expertise nationale, la prédominance des acteurs étrangers dans les grands projets suggère que les opportunités ne sont pas encore optimales. Et plusieurs facteurs peuvent expliquer cela.
Il s’agit notamment de :
- Critères d’appel d’offres : les critères peuvent parfois favoriser des entreprises ayant une envergure de référence internationales, désavantageant de facto les acteurs locaux moins expérimentés sur des projets similaires.
- Manque de préférence nationale explicite : Une politique de préférence nationale plus affirmée dans l’attribution des marchés pourrait créer davantage d’opportunités pour les congolais.
- Nécessité de renforcer les capacités locales : Bien que ce soit un investissement à long terme, un soutien accru à la formation et au développement des compétences locales est crucial pour une plus grande participation future.
- Financements et garanties : l’accès au financement et aux garanties pour les bureaux d’études et entreprises locaux peut être plus difficile, limitant leur capacité à soumissionner à des grands projets.