"Les médias ne sont pas des entreprises comme les autres. Ici, la rentabilité ne peut être le seul indicateur de performance."
Cliver Bosoki : Parlez-nous aussi des tabloïds ; constituent-ils une partie intégrante de ces techniques de parution dites ‘archaïque’ ou sont-ils du lot des nouveautés ?
John K. Ngoyi : Les tabloïds occupent une place particulière dans l’écosystème médiatique congolais. Longtemps associés à un format populaire, souvent perçu comme léger voire sensationnaliste, ils ne peuvent être catégorisés de manière binaire comme appartenant au « vieux monde » de la presse ou comme faisant partie d’une prétendue modernité. En réalité, tout dépend de la ligne éditoriale, de la rigueur du traitement de l’information et de l’intention journalistique derrière le format.
Il est vrai que, dans notre environnement, beaucoup de tabloïds utilisent des procédés qui peuvent être considérés comme « archaïques » : mise en page rudimentaire, titres excessivement accrocheurs, sources peu vérifiées. Ce type de production, souvent imprimée dans des conditions artisanales, prolifère notamment dans les gares, les carrefours urbains, et vise un lectorat populaire avide d’actualités politiques, judiciaires ou mondaines, parfois à la limite du scandale.
Mais en même temps, il serait réducteur de jeter tous les tabloïds dans le même panier. Car le format tabloïd en soi n’est pas obsolète. Dans de nombreux pays, y compris ceux aux médias très développés, le tabloïd est un outil moderne, efficace, percutant, qui sait condenser l’essentiel de l’actualité, proposer des angles forts, et capter l’attention d’un lectorat plus large. D’ailleurs, plusieurs médias de référence dans le monde utilisent un format tabloïd sans pour autant compromettre la qualité du contenu.
La vraie question n’est donc pas celle du format, mais celle de la crédibilité éditoriale et de l’éthique journalistique. Si un tabloïd est bien structuré, sourcé, équilibré, avec un souci de vérification et de service public, il peut jouer un rôle essentiel dans la vulgarisation de l’information et la démocratisation du débat public.
Chez La Prospérité, nous restons attentifs à cette dynamique. Nous croyons que la modernité d’un média ne se juge ni à son format, ni à sa taille, mais à sa capacité à éclairer l’opinion avec rigueur, responsabilité et professionnalisme.
Cliver Bosoki : Quel conseil donneriez-vous à un investisseur qui veut se lancer dans les médias ?
John K. Ngoyi : Le premier conseil que je donnerais à un investisseur qui souhaite se lancer dans les médias, c’est de ne pas aborder ce secteur comme un simple business classique. Les médias ne sont pas des entreprises comme les autres. Ici, la rentabilité ne peut être le seul indicateur de performance. Il faut comprendre que vous entrez dans un domaine qui touche à la formation de l’opinion, à l’accès à la vérité, et à la vitalité démocratique d’un pays.
Cela dit, il est tout à fait possible d’entreprendre avec succès dans ce domaine, à condition de respecter certains principes clés.
D’abord, il faut investir dans le fond avant la forme. Ce qui fait la force d’un média, ce n’est pas la beauté du logo ou la puissance du matériel, mais la crédibilité de ses contenus, la compétence de ses équipes, la clarté de sa ligne éditoriale. La confiance du public se gagne dans le temps, et elle ne s’achète pas : elle se construit, jour après jour, à travers la rigueur et l’indépendance.
Ensuite, il faut penser modèle économique dès le départ. Beaucoup de projets médiatiques échouent parce qu’ils sont portés par la passion mais ignorent les réalités du marché. Il faut une stratégie claire de monétisation : publicité, abonnements, sponsoring, diversification des produits (événementiel, formations, production de contenu, etc.). Le tout, bien sûr, sans sacrifier l’éthique journalistique sur l’autel de la rentabilité.
Enfin, je lui dirais de ne pas entreprendre seul. Le média est un écosystème : il faut s’entourer de journalistes compétents, de techniciens aguerris, de juristes avisés, et de stratèges numériques. Il faut aussi établir des liens solides avec les régulateurs, les acteurs du secteur et surtout, être à l’écoute de son audience.
À La Prospérité, nous avons appris qu’un média solide est un média enraciné : enraciné dans la vérité, dans la société, dans le temps. Si l’investisseur partage cette vision, alors oui, qu’il vienne. Car notre pays a besoin de médias forts, libres et durables.
Cliver Bosoki : Votre mot de la fin ?
John K. Ngoyi : Dans un monde où l’information circule à la vitesse de la lumière, où les voix s’entremêlent et parfois se perdent dans le vacarme du numérique, le rôle des médias demeure plus que jamais essentiel : éclairer, élever, équilibrer. Nous, à La Prospérité, avons fait le choix de la rigueur dans un temps d’urgence, du fond dans un univers de surface, et de la vérité dans un contexte souvent tenté par le confort du mensonge.
À celles et ceux qui rêvent de rejoindre ce noble métier, je dirais : venez avec vos idées, votre courage, votre foi dans la justice et votre amour de la vérité. Mais venez aussi avec l’humilité d’apprendre, de résister et de durer. Car le journalisme n’est pas un métier de lumière facile : c’est un métier de veilleur. Et le veilleur ne dort jamais.
Merci de nous lire, de nous soutenir, de nous questionner. C’est ensemble que nous bâtirons une presse forte, responsable et digne de notre République.