"Etre certifié par l'Etat de l'Arizona en tant qu'entreprise SBE, ACDBE et DBE nous confère une crédibilité et un accès privilégié à des marchés spécifiques."
L’Entrevue Magazine : Et de manière plus globale, comment fonctionne le marché américain pour les nouveaux produits/services ?
Deborah K. Makuma : C’est une question très complexe, et honnêtement, je suis encore en plein apprentissage et sur cette voie de croissance ! Il y a tellement de chemins possibles, et chacun est semé d’embûches.
Le début est vraiment difficile, car la plupart des nouvelles entreprises manquent de financement. Il faut généralement environ trois ans pour qu’une entreprise commence à générer suffisamment de flux de trésorerie et à pouvoir se qualifier pour des financements plus établis, par exemple. Les portes commencent à s’ouvrir à mesure que vous gagnez en cohérence et en visibilité.
C’est un marché très compétitif, c’est vrai, mais je suis convaincue qu’il y a de la place pour tout le monde. Ce qui est crucial, c’est votre histoire. Qu’est-ce qui vous rend différent des autres ? Pour l’instant, j’attends encore que certaines portes s’ouvrent davantage, mais c’est ce que je peux vous dire de mon expérience jusqu’à présent.
L’Entrevue Magazine : Votre clientèle est plutôt Robusta ou Arabica de RDC ?
Deborah K. Makuma : Notre clientèle recherche principalement du café de spécialité, ce qui, dans l’industrie, se réfère presque exclusivement à l’Arabica. Cependant, nous espérons proposer à l’avenir une sélection de Robustas provenant d’autres régions de la RDC.
L’Entrevue Magazine : Qu’est-ce que les certifications SBE, ACDBE et DBE représentent pour votre business ?
Deborah K. Makuma : Ces certifications sont essentielles pour Kanfuela. Le processus pour les obtenir a été très complexe. Mais c’est un atout majeur parce qu’être certifiée par l’État de l’Arizona en tant qu’entreprise SBE (Small Business Enterprise), ACDBE (Airport Concessions Disadvantaged Business Enterprise) et DBE (Disadvantaged Business Enterprise) nous confère une crédibilité et un accès privilégié à des marchés spécifiques.
Elles nous offrent des ressources précieuses et ouvrent des opportunités commerciales concrètes avec le gouvernement américain, notamment ici en Arizona, et avec des programmes qui reçoivent des fonds fédéraux. Cela inclut des concessions aéroportuaires, comme l’aéroport international Sky Harbor de Phoenix, qui a accueilli plus de 52,3 millions de passagers en 2024. C’est une plateforme immense pour faire connaître notre café !
Ces certifications sont cruciales pour notre croissance, nous permettant de toucher un public plus large tout en soutenant la diversité et l’inclusion dans le commerce.
L’Entrevue Magazine : Quand est-ce que les amateurs de café en RDC découvriront-ils Kanfuela ?
Deborah K. Makuma : À un moment donné, oui, j’avais cet objectif de commercialiser Kanfuela en RDC. J’ai d’ailleurs tâté le terrain à Kinshasa en 2022 et 2023, où j’ai pu constater une demande et établir des contacts. Cependant, j’ai réalisé que ce n’était pas le meilleur moment. En fait, la demande pour l’exportation de café congolais vers le marché américain est de loin supérieure à celle de Kinshasa. Même si les Congolais boivent du café, la consommation locale ne se compare vraiment pas à ce qu’on voit aux États-Unis, par exemple.
Pour le Congo, le vrai enjeu, c’est de retrouver sa place d’exportateur d’antan, comme l’Éthiopie qui est devenue le premier exportateur de café en Afrique. C’est ça qui aide vraiment son secteur agricole et ses agriculteurs. J’ai dû ajuster ma stratégie et me concentrer là-dessus pour l’instant. Mon expérience m’a clairement montré qu’offrir du café congolais au marché américain est ma priorité actuelle, d’autant plus en tant que mère et épouse avec une entreprise en pleine croissance ici aux États-Unis. Bien sûr, je reviendrai à Kinshasa un jour, mais les réalités du marché guident mes choix pour le moment.