Rencontre Avec

Sandra Muaka : "Notre approche consiste justement à démontrer qu'il est tout à fait possible de préserver l'authenticité des recettes..."

Allier rigueur scientifique, héritage culturel et ambition pancanadienne : c’est le pari audacieux de Sandra Muaka, Co-fondatrice et Présidente des Aliments Sagafrika. Face au rythme effréné de la vie urbaine et aux exigences des cuisines modernes, cette congolaise diplômée en science et technologie des aliments de l’Université Laval a transformé un défi quotidien en une opportunité d’affaires florissante. En propulsant les saveurs traditionnelles africaines au rang de prêts-à-manger haut de gamme, sains et sans conservateurs artificiels, l’entreprise québécoise bouscule les codes de l’industrie agroalimentaire. Rencontre avec une dirigeante visionnaire qui brise les préjugés, séduit les distributeurs et bâtit, un plat à la fois, un pont culinaire et économique durable entre le Canada et l’Afrique.

Sandra Muaka, Présidente et Co-fondatrice des Aliments Sagafrika
Sandra Muaka, Présidente et Co-fondatrice des Aliments Sagafrika
L’Entrevue Magazine : Comment le Magazine L’Entrevue peut-il vous présenter auprès de ses lecteurs  ?

Sandra Muaka : Je suis co-fondatrice et présidente des Aliments Sagafrika, une entreprise québécoise qui se spécialise dans la production et la commercialisation de mets prêts‑à‑manger inspirés de la cuisine africaine. Je détiens un baccalauréat en science et technologie des aliments de l’Université Laval et je cumule plusieurs années d’expérience dans le domaine agroalimentaire, ce qui façonne grandement ma posture de dirigeante d’entreprise. En effet, j’allie expertise technique, vision stratégique et leadership féminin afin de développer Sagafrika avec rigueur, authenticité et ambition sur le marché québécois.

"Nous opérons dans une cuisine commerciale conforme aux normes québécoises et canadiennes, et l’ensemble des activités est réalisé dans le respect des exigences de salubrité émises par les autorités compétentes..."
L’Entrevue Magazine : Comment est née l'idée de transformer des plats traditionnels africains, souvent perçus comme complexes à préparer, en une offre de prêt-à-manger moderne et standardisée pour le marché canadien ?

Sandra Muaka : L’idée est née d’un constat très concret issu de notre propre expérience. En tant qu’immigrantes (Moi et ma sœur Aicha Muaka, cofondatrice et VP des Aliments Sagafrika), nous avons constaté que les personnes originaires d’Afrique demeurent très attachées à leurs habitudes alimentaires après leur installation au Canada. Or, même si plusieurs ingrédients sont accessibles dans les épiceries exotiques ou les grandes surfaces, la préparation de nombreux plats africains reste exigeante : elle requiert beaucoup de temps, des cuissons prolongées et génère des arômes intenses liés à l’utilisation des épices, ce qui s’accorde parfois difficilement avec les réalités des logements nord‑américains.

Nous avons donc souhaité proposer une solution pratique : des mets africains prêts‑à‑manger fidèles aux recettes traditionnelles, tout en étant adaptés aux contraintes de temps et de confort des ménages d’aujourd’hui. Cette démarche visait également à faire découvrir la richesse de la cuisine africaine à un public plus large, en positionnant les produits Sagafrika comme une alternative crédible, accessible et attrayante pour l’ensemble des consommateurs.

Sagafrika est ainsi née de la rencontre entre un besoin réel, l’évolution des modes de vie urbains et la volonté de valoriser une cuisine authentique, nutritive et moderne.

"La cuisine africaine est riche, nutritive et profondément enracinée dans les habitudes alimentaires de nombreuses communautés, mais elle demeure encore trop souvent cantonnée à des circuits spécialisés."
L’Entrevue Magazine : Pourriez-vous nous parler des compétences spécifiques requises au sein de vos équipes pour garantir cette "qualité gastronomique" constante, de la sélection des produits à l'emballage ?

Sandra Muaka : La qualité de nos produits repose avant tout sur une combinaison de compétences techniques, organisationnelles et opérationnelles. D’abord, l’expertise en transformation alimentaire est essentielle : elle permet de maîtriser les procédés de cuisson, de conservation et d’emballage, tout en respectant rigoureusement les normes canadiennes de salubrité alimentaire.

À cela s’ajoutent des compétences solides en contrôle de la qualité et en hygiène. Chaque membre de l’équipe impliqué dans la production applique des protocoles stricts, tant au niveau de la manipulation des ingrédients que du conditionnement et de l’entreposage, afin d’assurer la constance, la fraîcheur et la sécurité des produits.

Enfin, des compétences en organisation, en approvisionnement et en gestion des opérations sont indispensables pour garantir la régularité de la production, la traçabilité des ingrédients et le respect des recettes traditionnelles. C’est cet équilibre entre savoir‑faire technique, rigueur opérationnelle et respect des standards qui nous permet d’assurer une qualité constante chez Sagafrika.

L’Entrevue Magazine : Le passage d'une cuisine traditionnelle à une production agro-industrielle exige une discipline de fer en matière de sécurité alimentaire. Quelles sont les normes d'hygiène spécifiques (HACCP ou autres) que vos équipes appliquent au quotidien pour garantir un produit sain, de la préparation jusqu'au scellage des contenants ?

Sandra Muaka : La sécurité alimentaire est un pilier fondamental de Sagafrika. Elle repose d’abord sur une maîtrise rigoureuse des procédés de transformation alimentaire, appliqués à chaque étape de la production, de la réception des matières premières jusqu’à l’emballage et à l’entreposage des produits.

Nous opérons dans une cuisine commerciale conforme aux normes québécoises et canadiennes, et l’ensemble des activités est réalisé dans le respect des exigences de salubrité émises par les autorités compétentes, notamment en matière d’hygiène, de contrôle des températures et de conservation des aliments.

Un processus structuré de contrôle de la qualité est appliqué en continu : vérification des ingrédients à la réception, respect strict des recettes et des temps de cuisson, refroidissement contrôlé, emballage hermétique et traçabilité des lots. Aucun additif ni agent de conservation artificiel n’est utilisé, ce qui exige une vigilance constante sur la fraîcheur et les conditions de manipulation.

Enfin, la formation et la sensibilisation des personnes impliquées dans la production jouent un rôle clé. C’est cette combinaison de rigueur opérationnelle, de conformité réglementaire et d’expertise interne qui nous permet d’assurer un haut niveau de sécurité alimentaire pour l’ensemble des produits Sagafrika.
L’Entrevue Magazine : Pour convaincre des géants de la distribution ou des institutions sanitaires, la traçabilité est essentielle. Comment Sagafrika a-t-elle structuré son protocole d'hygiène pour devenir un partenaire de confiance auprès des inspecteurs alimentaires et des grandes enseignes de restauration ?

Sandra Muaka : Ces standards jouent un rôle déterminant dans la relation de confiance que nous établissons avec nos distributeurs. Dans un contexte où les détaillants recherchent des partenaires fiables, notre respect rigoureux des normes canadiennes de salubrité et de qualité constitue un gage de sérieux et de professionnalisme.

Le fait d’opérer dans une cuisine commerciale conforme, de maîtriser l’ensemble des procédés de production, de contrôle de la qualité et d’emballage, ainsi que d’assurer une traçabilité claire des produits, rassure directement les distributeurs sur la constance, la sécurité et la conformité de notre offre. Ces pratiques positionnent Sagafrika comme un partenaire crédible, capable de répondre aux exigences des épiceries spécialisées aujourd’hui et, à long terme, des grandes surfaces.

L’Entrevue Magazine : Dans le secteur de la restauration africaine, il existe parfois des préjugés sur les méthodes de conservation. Comment utilisez-vous vos standards d'hygiène comme un argument marketing pour rassurer vos clients et valoriser le professionnalisme de la gastronomie africaine au Canada ?

Sandra Muaka : Nous combattons ces préjugés avant tout par la rigueur et la transparence. Certains associent encore la cuisine africaine à des plats difficiles à conserver ou peu adaptés aux standards nord‑américains. Notre approche consiste justement à démontrer qu’il est tout à fait possible de préserver l’authenticité des recettes tout en respectant des procédés modernes de conservation alimentaire.

Nous misons sur nos standards d’hygiène et de qualité, ainsi que sur l’étiquetage claire et la traçabilité des produits pour rassurer les consommateurs. Ce qui contribue à changer les perceptions et à positionner la cuisine africaine comme une option fiable, moderne et parfaitement adaptée au marché canadien.
L’Entrevue Magazine : Vous mettez en avant un processus rigoureux de surgélation et d'emballage. En quoi cette maîtrise technique est-elle la clé pour rassurer le consommateur et les distributeurs comme IGA ?

Sandra Muaka : La congélation et l’emballage sont au cœur de notre réussite commerciale. La congélation maîtrisée nous permet de préserver les saveurs, la texture et la valeur nutritive de nos recettes, tout en garantissant une conservation sécuritaire sans agents de conservation artificiels. De son côté, l’emballage hermétique assure la fraîcheur, la traçabilité et la constance des produits, des éléments essentiels pour inspirer confiance aux distributeurs.

En combinant ces deux leviers selon les standards de l’industrie agroalimentaire canadienne, nous avons pu transformer des plats africains traditionnels en produits fiables, pratiques et facilement intégrables aux circuits de distribution, ce qui a un impact direct sur la croissance de Sagafrika.

L’Entrevue Magazine : Comment parvenez-vous à maintenir un "goût de maison", comme pour la sauce de feuilles de manioc ou d'oseille, tout en respectant des normes de sécurité alimentaire internationales très strictes ?

Sandra Muaka : Nous respectons les recettes traditionnelles et utilisons des ingrédients authentiques. Le bon conditionnement intervient par la suite, pour protéger le produit, jamais pour le transformer. C’est cette combinaison qui permet d’offrir une expérience gustative fidèle aux saveurs d’origine.
L’Entrevue Magazine : Vos produits sont présents dans plusieurs points de vente au Québec. Quelle importance accordez-vous à la visibilité des produits africains dans les rayons "grand public" plutôt que dans des épiceries spécialisées ?

Sandra Muaka : Il est essentiel pour moi que les produits africains trouvent leur place dans les rayons grand public parce que cela représente à la fois une reconnaissance culturelle et une évolution naturelle du marché alimentaire canadien. La cuisine africaine est riche, nutritive et profondément enracinée dans les habitudes alimentaires de nombreuses communautés, mais elle demeure encore trop souvent cantonnée à des circuits spécialisés.

En intégrant ces produits dans les rayons grand public, on normalise leur présence et on les rend accessibles à un plus large éventail de consommateurs, qu’ils soient issus de l’immigration ou simplement curieux de nouvelles découvertes culinaires. C’est aussi une façon de montrer que les produits africains peuvent répondre aux mêmes standards de qualité, de sécurité et de commodité que toute autre offre alimentaire.

Pour Sagafrika, cette visibilité est cohérente avec notre mission : proposer des mets africains prêts‑à‑manger adaptés au mode de vie canadien et positionner cette cuisine comme une alternative crédible, inclusive et durable sur le marché grand public.

L’Entrevue Magazine : Comment Sagafrika contribue-t-elle à valoriser l'agriculture et les produits issus du continent africain ou de sa diaspora dans son approvisionnement ?

Sandra Muaka : Sagafrika valorise l’agriculture africaine et diasporique en mettant en avant des ingrédients et des recettes issues des traditions agricoles africaines, tout en les intégrant dans une chaîne de production moderne et conforme aux standards canadiens.

En transformant des ingrédients emblématiques — comme les feuilles de manioc, d’amarante, d’oseille ou d’éru — en mets prêts‑à‑manger accessibles, nous contribuons à leur reconnaissance sur le marché canadien. Cette approche, appuyée par une collaboration avec des fournisseurs spécialisés afro‑caribéens, permet de relier agriculture, culture et consommation dans un cadre agroalimentaire structuré et grand public.

"Sagafrika se veut ainsi être un pont entre les marchés, les cultures et les opportunités économiques..."
L’Entrevue Magazine : Vous utilisez des contenants réutilisables. Est-ce pour vous une manière de prouver que l'agro-industrie africaine peut être à la pointe des enjeux écologiques actuels ?

Sandra Muaka : Tout à fait! Le choix de contenants réutilisables et recyclables reflète un engagement conscient, même s’il s’inscrit avant tout dans une approche pragmatique. Dès le départ, nous avons voulu des emballages qui assurent la sécurité alimentaire et la conservation optimale des produits, tout en étant durables et pratiques pour les consommateurs.

Les contenants que nous utilisons sont conçus pour préserver la fraîcheur des mets, faciliter l’entreposage et permettre une seconde utilisation à la maison. Cette dimension répond à une sensibilité écologique de plus en plus présente chez les consommateurs, sans compromettre les exigences de l’industrie agroalimentaire.

Pour Sagafrika, il s’agit donc d’un engagement progressif : proposer des solutions‑repas responsables, en tenant compte à la fois des enjeux environnementaux, de la sécurité alimentaire et des usages réels des ménages.

L’Entrevue Magazine : Quelle est votre vision pour l'expansion de Sagafrika ? Envisagez-vous d'exporter ce modèle de transformation technique vers d'autres provinces ou même vers le continent ; voire votre terre natale, la République démocratique du Congo ?

Sandra Muaka : L’avenir de Sagafrika repose sur une croissance structurée et durable. Notre vision est de faire de l’entreprise une référence durable des mets africains prêts‑à‑manger au Canada, reconnue pour la qualité de ses produits, sa rigueur opérationnelle et son authenticité.

À court et moyen terme, l’objectif est de consolider notre présence au Québec, d’élargir notre réseau de distribution et de continuer à développer de nouvelles gammes inspirées de la cuisine africaine. 

À plus long terme, nous souhaitons également déployer ce modèle en Afrique, notamment en République démocratique du Congo, afin de contribuer au développement local, à la valorisation des savoir‑faire agricoles et à la structuration d’une transformation agroalimentaire moderne, adaptée aux réalités du terrain.

Sagafrika se veut ainsi un pont entre les marchés, les cultures et les opportunités économiques, en démontrant qu’un modèle né au Canada peut aussi générer de l’impact positif et durable sur le continent africain.

À lire aussi

Rencontre AvecChristelle Tuluka : "Rehausser la valeur de ce métier, lui conférer ses lettres de noblesse et le sortir de l'image de travail banal."5 mars 2026Rencontre AvecKaren Kipuluka : "Ce qui me dérange le plus, c’est le manger qui est vendu dans les supermarchés ; c’est vraiment ce qui tue les restaurants."30 juil. 2025Rencontre AvecDeborah K. Makuma : "Je réponds par l'action, tout simplement !"5 juil. 2025Écosystème PMESous-traitance : l’ARSP et la FEC posent les jalons d’un partenariat durable12 sept. 2026Écosystème PMEEntrepreneuriat des jeunes : Tshisekedi veut un accompagnement durable après la formalisation de 537 entreprises12 sept. 2026Écosystème PMEEntrepreneuriat : le Conseil des ministres adopte des mesures pour financer les PME, créer une banque publique et industrialiser l’économie locale12 sept. 2026