Écosystème PME

Kinshasa : informer pour entreprendre, le pari des médias et du secteur privé

Journalistes, entrepreneurs, responsables institutionnels et chercheurs se sont réunis ce mercredi 7 octobre 2026 au CEPASS, à Gombe, pour le « Voices Economic Freedom Media Seminar », organisé par le Research for Development and Prosperity Institute (RDPI Think Tank). Pendant cinq heures, ils ont examiné un constat partagé : l'information économique, trop rare ou trop peu accessible, freine l'entrepreneuriat en RDC.

L'information, une ressource économique

Dans son mot d'ouverture, le directeur général du CDE RDC, Espoir Bindu, a plaidé pour des médias qui ne se limitent plus à relayer des événements. « L'information permet à l'entrepreneur de connaître ses droits et ses obligations », a-t-il rappelé, souhaitant que le séminaire débouche sur un dialogue durable avec l'écosystème économique.

Intervenant en ligne, le Pr Hicham El-Mousaoui a élargi le propos : « Le vrai problème du secteur privé en RDC n'est pas seulement le manque de capital ou d'infrastructures, c'est aussi le manque d'informations. » Selon lui, les médias « peuvent devenir une véritable infrastructure de marché », car la liberté d'information a aussi une dimension économique et pas seulement politique. Il a proposé quatre leviers : l'ouverture des données publiques, un journalisme de terrain, le suivi des réformes dans la durée et un partenariat structuré entre médias et acteurs économiques.

Spécialiser les journalistes

Lors du deuxième panel, consacré au financement de l'entrepreneuriat, le coach Gabriel Lomengo Shango a regretté l'absence de journalistes spécialisés dans ce domaine : « L'entrepreneuriat, c'est une science. » Il a décrit un écosystème à six composantes : recherche, formation, politiques publiques, institutions financières, réseaux d'entrepreneurs et consommateurs. Il a invité les médias à fonctionner comme des entreprises et dénoncé le peu d'écho donné aux programmes de financement existants. Sans épargner son propre camp, il a ajouté : « Les responsabilités doivent être partagées. »

Le secrétaire général de l'UNPC, Jasbey-Kamil Zegbia, a réclamé l'application de la législation sur l'accès à l'information publique : « Un journaliste économique ne peut pas travailler correctement sans statistiques, sans rapports financiers, sans données sectorielles. » Il a aussi appelé à des formations spécialisées et dénoncé des subventions promises aux médias mais jamais versées. Pour le directeur général du RDPI, Aristote Mugisho, « la première chose, c'est de rendre disponibles les données nécessaires aux médias ».

Le nerf de la guerre : le modèle économique

Le troisième panel, consacré aux médias, à la jeunesse et aux opportunités économiques, a porté sur les moyens de la presse. Le chef de rédaction de B-one, Constant, a décrit le déficit de journalistes formés à l'économie, jugeant le financement par l'État « révolu ». Il défend un financement innovant, comme une redevance audiovisuelle : « Pour moi, c'est la clé. »

André Ndambi, journaliste à VOA Afrique, a estimé que les médias privés en RDC « n'ont pas de modèle économique », ce qui complique le déplacement de reporters auprès des jeunes entrepreneurs. Fulgence Melay, d'Ecofin, a résumé le dilemme : « L'information va rester gratuite, mais sa communication va demander un budget conséquent. »

Côté entrepreneurs, Shella Poyo, qui produit des parfums, a demandé plus de profondeur dans le traitement de l'actualité : « Je veux savoir ce qui change dans mon environnement. » Elle a toutefois rappelé qu'il revient aussi aux entrepreneurs de montrer la valeur de leurs produits. Henock Kiyanga, journaliste et animateur de podcast, a défendu l'investissement dans le journalisme économique pour vulgariser des lois qui, selon lui, « ne sont pas vulgarisées ».

Quelle presse, pour quelle économie ?

Derrière les débats sur les budgets et les subventions, c'est une question plus ancienne que s'est posée la salle : qui a le droit de savoir, et qui peut se permettre de l'apprendre ? Dans une économie où l'information circule mal, réussir tient moins au talent qu'au carnet d'adresses : celui qui connaît quelqu'un avance, les autres tâtonnent. Les intervenants l'ont dit autrement : informer, c'est redistribuer un pouvoir, celui de décider en connaissance de cause. Un média qui explique une réforme, publie un prix ou suit une promesse six mois plus tard ne fait pas que raconter l'économie : il en élargit l'accès. Le séminaire a rappelé que cette fonction a un coût, et que le réclamer aux journalistes sans leur en donner les moyens revient à exiger la lumière en éteignant l'électricité. Reste à savoir si le pays acceptera d'en payer le prix, car une société qui renonce à s'informer ne ralentit pas seulement son économie : elle réserve l'avenir à quelques-uns.

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