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Christian Mugisho : "Face à ce constat, nous avons innové en intégrant le concept banque de poulets..."

Après des longues années dans l’ombre, le secteur agricole devient un sujet qui crée désormais un vif débat au sein de l’opinion publique congolaise. 64 ans après l’indépendance, avec une économie essentiellement orientée vers l’industrie minière, les congolais veulent s’essayer à un autre domaine qui s’avère être aussi prolifique que rentable. Il est désormais une masse de congolais, jeunes et moins jeunes, qui veulent tenter le coup en plongeant la tête la première dans ce secteur qui se présente comme un nouvel ‘Eldorado’ au sein de l’économie congolaise. Christian Mugisho, jeune entrepreneur de l’Est de la RDC, a répondu à notre invitation et s’est confié à notre magazine pour nous briefer sur son parcours en tant qu’acteur dans le secteur agricole et les enjeux qui s’y rattachent. Passion, engagement, défis, succès et préconisation ; lisez l’interview de ce jeune acteur congolais engagé pour la cause et la valorisation du sol.

Christian Mugisho, Fondateur et DG de Kivu Kuku Poultry Farm
Christian Mugisho, Fondateur et DG de Kivu Kuku Poultry Farm
L’Entrevue Magazine : Commençons par l’actualité : le ministère du commerce extérieur a publié les chiffres d’une économie congolaise complètement extravertie. Nous parlons de près de 3 milliards USD dépensé dans le secteur agro-alimentaire sur les 12 derniers mois. Qu’est-ce que cela vous évoque ?

Christian Mugisho : Cela évoque plusieurs choses importantes concernant l’économie de la RDC. Tout d’abord, cela souligne une dépendance significative aux importations pour satisfaire les besoins alimentaires du pays. Dépenser près de 3 milliards USD dans le secteur agroalimentaire en quelques mois indique que la production locale ne suffit pas à répondre à la demande intérieure.

Ensuite, cela met en lumière les opportunités de développement pour le secteur agricole congolais. En renforçant la production locale et en améliorant les infrastructures agricoles, la RDC pourrait réduire sa dépendance aux importations et stimuler l’économie locale. Le gouvernement a d’ailleurs adopté une nouvelle stratégie nationale pour promouvoir les exportations et diversifier les marchés ; ce qui pourrait aider à améliorer la compétitivité des produits congolais.

Enfin, cela pose des questions sur la sécurité alimentaire et la résilience économique du pays. Dépendre fortement des importations peut rendre l’économie vulnérable aux fluctuations des prix internationaux et aux perturbations de la chaîne d’approvisionnement.

"La construction et l'entretien des routes agricoles, ainsi que des infrastructures de conservation et de transformation, sont essentiels pour réduire les pertes post récoltes et améliorer la distribution des produits locaux."
L’Entrevue Magazine : Dans son projet de budget 2025 de l’ordre de plus ou moins 18 milliards USD, le gouvernement Suminwa Tuluka prévoit d’allouer 13% à l’agriculture. Un mot là-dessus ?

Christian Mugisho : Allouer 13% du budget national à l’agriculture est un pas important vers le renforcement de la production locale en RDC. Cependant, pour évaluer si cela sera suffisant pour relever le défi des importations agroalimentaires, plusieurs facteurs doivent être pris en compte :
  • L’utilisation efficace des fonds : Il est crucial que les fonds alloués soient utilisés de manière efficace et transparente. Cela inclut l’amélioration des infrastructures agricoles, l’accès aux intrants de qualité, et le soutien aux petits agriculteurs.
  • Développement des infrastructures : La construction et l’entretien des routes agricoles, ainsi que des infrastructures de conservation et de transformation, sont essentiels pour réduire les pertes post-récolte et améliorer la distribution des produits locaux.
  • Formation et technologie : Investir dans la formation des agriculteurs et l’adoption des technologies modernes peut augmenter la productivité et la qualité des produits agricoles.
  • Accès au financement : Faciliter l’accès au crédit pour les agriculteurs peut leur permettre d’investir dans des équipements et des techniques améliorées.
  • Politiques de soutien : Des politiques favorables, telles que des subventions, des exhonérations à l’importation des machines et des incitations fiscales, peuvent encourager les investissements dans le secteur agricole.

Bien que 13% soit un bon début, la réussite dépendra de la mise en oeuvre de ces fonds et des politiques de soutien. La RDC a le potentiel de réduire sa dépendance aux importations alimentaires, mais cela nécessitera des efforts soutenus et coordonnés.

L’Entrevue Magazine : En tant qu'entrepreneur, la revanche du sol sur le sous-sol en RDC demeure-t-elle une utopie ?

Christian Mugisho : La “revanche du sol sur le sous-sol” en RDC, c’est-à-dire la valorisation de l’agriculture par rapport aux ressources minières, n’est pas nécessairement une utopie, mais cela représente un défi considérable. D’où, nous devons prendre conscience de l’immense potentiel agricole de la RDC avec des terres fertiles et un climat favorable à une grande variété de cultures. Exploiter ce potentiel peut transformer l’économie du pays. Pour que l’agriculture prenne le dessus sur le secteur minier, des investissements substantiels sont nécessaires dans les infrastructures, la formation, et les technologies agricoles. Le budget alloué à l’agriculture doit être utilisé efficacement pour maximiser les rendements comme je l’ai évoqué tantôt car l’agriculture peut offrir une voie plus durable et inclusive pour le développement économique, en créant des emplois et en améliorant la sécurité alimentaire.

En tant qu’entrepreneur, j’ai un rôle crucial à jouer dans cette transformation en investissant dans des pratiques agricoles durables et innovantes pour contribuer à réaliser cette vision. Cependant, avec une volonté politique forte et une collaboration entre le secteur public et privé, ces obstacles peuvent être surmontés.

"Devenir entrepreneur peut être une aventure passionnante et enrichissante pour plusieurs raisons..."
L’Entrevue Magazine : Qui est Christian Mugisho ?

Christian Mugisho : Christian Mugisho est un entrepreneur congolais, détenant une Licence en Sciences Agronomiques et Environnement de l’Université Évangélique en Afrique à Bukavu. Marié et père de quatre enfants, il est le Fondateur de la holding Nagritech243, une plateforme comprenant trois entités ; dont :
  • Vive L’insecte : Créée en 2020, cette société est spécialisée dans la production des aliments pour bétails avec comme valeur unique la substitution des protéines couramment utilisées (le soja et la farine de poissons) par la farine des larves de mouches soldats noires (BSF). Grâce aux procédés biotechniques de recyclage des déchets ménagers et agricoles, elle produit aussi le biogaz et le fertilisant organique pour lutter contre la déforestation et promouvoir une agriculture écologique et durable.
  • Bing Nagritech : Créée en 2021, cette société transforme les produits agricoles locaux en farine instantanée de bouillie pour la lutte contre la malnutrition des enfants et femmes enceintes, en particulier, et toute la famille, en général.
  • Kivu Kuku Polutry Fram : Créée en 2019, elle produit les oeufs à couver, les poussins d’un jour d’âge et transforme les viandes de poulets.

L’Entrevue Magazine : Pourquoi devenir entrepreneur ?

Christian Mugisho : Tout d’abord, un entrepreneur est une personne qui voit les problèmes de sa communauté comme des opportunités et s’engage à y apporter des solutions. Devenir entrepreneur peut être une aventure passionnante et enrichissante pour plusieurs raisons dont l’Indépendance et l’autonomie, la création de valeur ; car, l’entrepreneur a l’opportunité de créer des produits ou services qui répondent à des besoins spécifiques et d’apporter une valeur ajoutée à la société. Devenir entrepreneur offre également le potentiel de revenus bien que le chemin soit souvent difficile. Les entrepreneurs sont souvent à l’avant-garde de l’innovation, introduisant de nouvelles idées et technologies sur le marché pour créer l’impact social en soutenant l’économie locale, et en contribuant à des causes sociales. Enfin, comme je le dis souvent en Swahili « Maisha ni shule », l’entrepreneuriat est une excellente école de vie, vous apprenant à surmonter les défis, à développer des compétences variées et à grandir personnellement et professionnellement.

L’Entrevue Magazine : Présentez-nous Kivu Kuku Poultry Farm.

Christian Mugisho : Kivu Kuku Poultry Farm est une entreprise oeuvrant dans le secteur de l’agro-transformation et légalement établie en République Démocratique du Congo. Créée en 2019, l’entreprise vend ses produits et fournit des services de conseil technique aux producteurs de volaille dans plusieurs provinces de la RDC. Pour casser la chaîne d’importation des oeufs à couver et stabiliser la disponibilité de ses produits sur le marché, l’entreprise produit, depuis 2022, des oeufs à couver dans ses propres fermes.

L’entreprise dispose d’un large portefeuille clients sur le marché national dont sa demande justifie son stade actuel d’expansion dans la ville province de Kinshasa pour répondre efficacement à la demande nationale croissante en produits avicoles (oeufs à couver, poussins d’un jour d’âge et viandes de poulets) et ainsi diminuer cette quasi-dépendance à l’importation de la population congolaise qui, pourtant, a dépassé 109M d’habitants depuis 2024.

L’Entrevue Magazine : Comment vous fournissez-vous en matières premières ?

Christian Mugisho : Pour l’autonomie de nos couvoirs de production des poussins d’un jour d’âge, nous élevons les parentaux (reproducteurs) dans nos propres fermes pour la production des oeufs à couver. Les poussins produits sont vendus aux éleveurs qui, plus tard, reviennent vers nous pour la gestion post-production. Ainsi, ils fournissent les poulets à notre abattoir pour la transformation des viandes de poulets puis la distribution sur le marché via nos chambres froides solaires (Banque de poulets).

L’Entrevue Magazine : Quel est le profil de votre clientèle ?

Christian Mugisho : Notre clientèle est diversifiée selon le produit et service offerts. Pour les poussins d’un jour d’âge que nous vendons à 0,85$ par sujet, la clientèle est constituée des personnes physiques ; tels que les petits exploitants et éleveurs. Des personnes morales qui sont des organisations oeuvrant dans l’industrie avicole comme éleveurs, mais aussi celles de soutien aux éleveurs.

Pour les produits de notre abattoir, le Kilogramme se vend à 4$. Les services traiteurs et les revendeurs en gros et détails des viandes de poulets sont notre marché constituer une provision peuvent passer à nos points de vente (Banque de poulets) pour s’en procurer.

Nous distribuons nos produits dans plusieurs provinces de la RDC selon l’accessibilité logistique ; entre autres : Goma, Kinshasa et Matadi par route, Kindu, Kananga, Kisangani, Kalemie et Lubumbashi par avion et Bukavu par bateau. cible. Néanmoins, les ménages voulant.

L’Entrevue Magazine : Envisagez-vous d'étendre votre offre à d'autres types de volaille ?

Christian Mugisho : Tenant compte de notre expertise, nous sommes capables d’étendre notre gamme des produits en produisant la volaille autres que les poulets. Il suffit juste d’avoir une demande attrayante et des moyens suffisant pour s’y investir.

"Malheureusement, par manque d'exonération, l'importation des machines de production alourdi le coût d'investissements."

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