Bana Nkole
L’Église de Jésus Christ sur la Terre par son envoyé spécial papa Simon Kimbangu, plus communément appelé l’Eglise Kimbanguiste, a été créé le 06 avril 1921 par Simon Kimbangu dans la province actuelle du Kongo Central. D’après ses fidèles, ce dernier serait l’auteur de plusieurs miracles allant de la guérison des malades à la résurrection des morts. Prise de court par l’ampleur et l’engouement autour de ces évènements, l’administration du Congo-Belge, essentiellement catholique et protestante, ouvrit une enquête pour sédition. Menée par l’Administrateur Léon Morel, une première arrestation est manquée le 06 juin 1921. Finalement, Simon Kimbangu se rendra aux autorités coloniales et sera arrêté le 12 septembre de la même année. Condamné à la peine capitale avant que le roi des Belges ne commue cette peine en prison à perpétuité, il passera 30 ans à la prison de haute sécurité d’Élisabethville ; l’actuelle Lubumbashi.
Les autorités coloniales belges, considérant le kimbanguisme comme un mouvement subversif, prennent pendant plusieurs décennies des mesures répressives à l'égard des membres de l’Eglise Kimbanguiste dont la plupart seront dispersés de force dans d’autres villes du Congo-Belge ; espérant ainsi dissoudre le mouvement en relocalisant les membres dans des ensembles urbains très diversifiés et dans lesquels ils seraient minoritaires.
Papa Matota André, soldat de la Force Publique en poste à Thysville, actuelle ville de Mbanza-Ngungu, devenu adepte de Simon Kimbangu, fait partie, lui et sa femme, maman Lukula Jeanne, de ces personnes dispersées aux quatre coins du pays.
C’est dans ce contexte que Samuel Diakanua Matota, unique garçon et troisième enfant d’une fratrie de quatre, naquit le 17 décembre 1924 à Lusambo dans la Province Orientale du Congo-Belge ; actuellement Capitale de la province du Sankuru. Il fait partie de ceux qu’on nomme les « Bana Nkole ». Ce qui signifie « les relégués ».
Diakanua Matota Samuel
Après la relégation et la fin de son service militaire, papa Matota André et sa petite famille rentrèrent vivre dans le village de Malanta au Kongo Central. De passage dans la Capitale, Léopoldville (Kinshasa), l’oncle maternel du jeune Samuel, Mawete David, convainc son beau-frère de lui laisser le garçon afin de lui offrir un meilleur avenir. Ainsi, c’est sans son unique fils que papa Matota André continua sa route.
A cette époque, Kinshasa, ne compte que les communes de la Gombe (ex-Kalina), Lingwala (ex-St Jean), Kinshasa, Barumbu et Kintambo.
Quelques années plus tard, lors d’un voyage à Léopoldville, papa Matota André fut surpris et déçu de constater que son fils n’avait pas bénéficié des bonnes études promises par son oncle. Au lieu de ça, Samuel était devenu un badaud trainant aux alentours de l’Eglise Ste Anne dans la Commune de la Kalina.
Avant l’entrepreneuriat
Ayant déjà dépassé l’âge de la scolarité, Samuel répondît rapidement à l’invitation de son père de le rejoindre à Thysville (Mbanza-Ngungu) où il avait un nouveau travail. Samuel fut embauché à l’OTRACO, aujourd’hui Société Commerciale des Transports et des Ports (SCTP, ex-ONATRA) en tant que chauffeur. A l’époque coloniale, le poste de chauffeur (celui qui pelletait), très physique et éprouvant, consistait à alimenter le foyer en charbon ou en bois et à surveiller le niveau d’eau de la chaudière des trains à vapeur. Ce travail lourd était confié à des agents congolais. Tandis que le mécanicien (le conducteur), poste strictement réservé aux colons belges, actionnait les commandes, gérait les freins, surveillait la voie et la vitesse.
Le jeune Samuel Diakanua Matota fait ses preuves très rapidement. Intelligent et dynamique, l’entreprise lui offre une formation à l’école mécanique de Gombe-Matadi. Là, il apprend le métier d’ajusteur-ferrailleur pour la fabrication des châssis métallique (portes, fenêtres, etc.).
Devenir entrepreneur

Après sa formation, il décide de revenir à Kinshasa où il fît un bref passage dans une entreprise de la place avant de se placer sous l’aile d’un certain papa Valère qui possédait un atelier informel de soudure artisanale sur l’avenue Oussou Jeannot à proximité du quartier Bongolo dans la commune de Kalamu. Se faisant à nouveau remarqué par son travail et suite au projet d’ériger un nouveau quartier artisanal, l’administration belge lui proposa, comme à un certain nombre d’autochtones travaillant dans la menuiserie, la bijouterie et autres domaines, un prêt immobilier. C’est ainsi qu’il aménagea au 76, avenue Victoire dans la Commune de Kasa-Vubu. C’est à cette adresse qu’il créa Les Etablissements RECHAMETAL ; une entreprise spécialisée dans la fabrication et la réparation des carrosseries, des portes, des fenêtres, des anti-vols. Il recevra même la visite des autorités coloniales de l’époque et des représentants du Ministère de l’Economie des Colonies. Nous sommes à la fin de la deuxième moitié des années 50.
En 1961, toujours dans le but de se former davantage, il s’envola pour l’Allemagne Fédérale où il fortifiera ses connaissances dans la métallurgie et l’ajustage ; introduisant ainsi au Congo, à peine indépendant, des nouvelles technologies telles que les tours et la scieuse électrique automatique à métaux. Technologies que même CHANIMETAL, le plus grand métallurgiste de l’époque ne possédait pas.
De ce fait, il obtiendra une clientèle considérable qui propagera sa réputation dans le panthéon des grands commerçants de l’époque.
Visionnaire, le « Grand Kinois » diversifie ses activités commerciales en achetant la parcelle portant le numéro 78 au carrefour des avenues Victoire et Assosa où il érige le célèbre bar-restaurant Kimpwanza. Ce dancing à succès deviendra le sanctuaire de plusieurs artistes et groupes musicaux kinois devenu légendes comme l’African Jazz de Grand Kallé, l’OK Jazz de Franco Luambo Makiadi, Zaïko Langa Langa avec Papa Wemba, Jossart Nyoka Longo, Félix Manuaku Waku, Evoloko Jocker et Mbuta Matima, Stukas Boys de Lita Bembo, Mbilia Bel, le clan Wenge, Werrason et Wenge Musica Maison Mère.
Il garnira également ce carrefour d’une alimentation et d’une quincaillerie que la deuxième génération des cités noires des Léopoldvillois appelle fièrement « Nouvelle Cité » par opposition aux anciennes.

Un regard sur la promotion immobilière
Samuel Diakanua Matota jette ensuite son dévolu dans l’achat de terrain, le financement de projets et la construction d’immeuble de logements et commerciaux à Kinshasa et dans le Kongo Central. Aujourd’hui, il est toujours possible d’apercevoir les biens immobiliers construit par Samuel Diakanua Matota sur l’Avenue du 24 Novembre, l’Avenue Ma Campagne ou encore non loin de l’Athénée de la Victoire.
La reconnaissance nationale
Le 24 novembre 1984, Samuel Diakanua Matota a été récompensé en obtenant la Médaille du Mérite Civique pour ancienneté de services ; lui remise par le Président Mobutu Sese Seko. Il est aussi fait par ce dernier, Chevalier de l’Ordre National du Léopard.
Le dernier train
Après un long séjour en Europe, Samuel Diakanua Matota tire sa révérence le 04 mai 1998 à Siegburg en Allemagne. Rapatrié le 15 mai 1998 à Kinshasa, il repose en paix dans un mausolée dans son village d’origine de Lombo.






Par La Rédaction






