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Ketty Luwenyema : "L'objectif principal est de pulvériser les idées reçues sur les personnes de forte taille..."

Comme ça l’a toujours été dans tous les siècles au sein des sociétés, les standards de beauté restent parfois un débat de taille dans l’opinion publique. Symbole d’acceptation, de pouvoir ou de mépris, les apparences corporelles peuvent être à la base de plusieurs controverses choquantes au sein des communautés laissant libres cours à des stéréotypes parfois très erronés ; notamment au sein de la gente féminine. Et soucieux d’y remédier, on note depuis le début des années 2000 des mouvements populaires qui tentent à leurs manières de déconstruire des mythes situés sur les tailles corporelles en vue de concourir à une acceptation de soi ainsi qu’au vivre-ensemble. Suite à ce, les entreprises aussi s’y mêlent un peu partout dans le monde notamment ici en RDC aussi où le combat est loin d’être gagné mais pas perdu non plus. Mannequinat, mode et conseil en image, suivez avec nous l’interview de Ketty Luwenyema, CEO de Rond’Elles Agence, qui nous emmène parcourir le quotidien d’une entreprise particulière qui tente d’apporter à son tour une pierre à l’édifice.

Ketty Luwenyema, DG de Rond'Elles Agence
Ketty Luwenyema, DG de Rond'Elles Agence
L’Entrevue Magazine : Pouvez-vous nous raconter votre parcours ?

Ketty Luwenyema : Mon parcours est comme qui dirait tout à fait classique : un Baccalauréat Commercial obtenu ici à Kinshasa, ensuite un Bachelor en Business Administration en options Marketing and Communication sorti du Business and Management University à Genève. Pendant mes études universitaires, j’ai effectué mes différents stages professionnels en alternance entre Kinshasa et Lausanne avant de m’installer définitivement en République Démocratique du Congo afin d’entamer une carrière professionnelle.

Garder une attache avec mon pays me semblait très important pour non seulement palper les réalités mais aussi m’enrichir des différentes expériences. Cela me fait, à ce jour, 14 ans de carrière dans la communication visuelle, institutionnelle et évènementielle avec, à mon actif, la gestion de grands portfolio clients en agence de communication ainsi que des projets de différents festivals.

L’Entrevue Magazine : Le concept est atypique. Quelle a été (ou est) la perception, d'une part, des personnes auprès de qui vous soumissionnez, et d'autres part, du public avec qui vous avez été appelé à interagir lors de vos prestations ?

Ketty Luwenyema : Les premières réactions sont généralement bonnes ; car l’idée sort de l’ordinaire. Mais il me faut très souvent expliquer. Nous répondons aujourd’hui à la carence d’une représentation réaliste d’un type de femmes en influençant et en promouvant l’inclusivité et la diversité dans un secteur longtemps dominé par des mannequins traditionnels de type filiforme. Cela suscite beaucoup de curiosité mais aussi de l’engouement.

L’Entrevue Magazine : Dans la foulée, sont venu de Chine des mannequins pour magasin de taille XL ; voire jusqu'à 3XL.

Ketty Luwenyema : Généralement, les tailles chinoises ne correspondent pas aux références des standards mondiaux. Les vêtements ne rendent pas justice à leurs étiquettes et en réalité sont tout de même bien petits, par conséquent, les mannequins aussi. C’est une question de morphologie propre à un type racisé bien précis et les adaptations sont souvent difficiles. Un mannequin chinois XXL ne ressemblera pas à un mannequin américain ou européen pour la même référence.

"L'objectif principal est de pulvériser les idées reçues sur les personnes de fortes tailles..."
L’Entrevue Magazine : Les codes ont été imposé ou se sont imposés sans se rendre compte de l'exclusion d'un groupe d'acteurs et de consommateurs ; et ce, dans tous les domaines au fait.

Ketty Luwenyema : Bien qu’aujourd’hui la mode grande taille soit un marché en pleine expansion, elle reste une appréciation culturelle. Pour les africains que nous sommes, le critère de volupté constitue la norme. L’exclusion existe jusqu’aux extrêmes liées à la grossophobie mais nous sommes ravis que l’industrie de la mode soit de plus en plus favorable à cette idée tels que l’ont démontré les grands couturiers européens à l’instar de Jean Paul Gaultier, Dolce et Gabbana, Michaels Kors en revelant des mannequins comme Velvet d’amour, Ashley Graam. Les réseaux sociaux ont également beaucoup contribué à la promotion de la beauté ronde avec le partages d’expériences des influences. Les grandes enseignes telles que Always, HM, Dove et bien d’autres encore s’y sont mis avec représentations de femmes rondes dans leurs spots publicitaires et cela révèle une réalité sociale.

L’Afrique n’a pas encore une industrie de mode bien structurée mais il existe des plates formes et des évènements, notamment dans les pays anglophones qui mettent en avant les femmes rondes tel le Plus Size Fashion Week Africa au Nigeria. L’Afrique du Sud, par contre, a des agences de mannequinat de grandes renommées.

L’Entrevue Magazine : Y a-t-il une forme de motivation pour les personnes rondes ; pour votre équipe ou pour vous-même que vous recherchez à travers ce schéma ?

Ketty Luwenyema : L’objectif principal est de pulvériser les idées reçues sur les personnes de fortes tailles et de promouvoir l’évolution des standards de beauté à travers une vision plus inclusive. Cela contribue à l’épanouissement personnel des femmes rondes en leur permettant de se voir sous un autre angle, loin des standards traditionnels imposés par la société.

Je reste convaincu que cela contribue à soutenir le bien-être et la confiance en soi pour cette catégorie de femmes. Nous aspirons de ce fait à un impact social positif en favorisant le changement des mentalités et en contribuant activement à la remise en question des standards de beauté ; Cela peut être une inspiration pour d’autres secteurs dans les industries créatives. Le chemin reste encore long.

L’Entrevue Magazine : A l'origine, il s'agissait d'un évènement. Puis celui-ci s'est mué en une agence pour la promotion de la beauté ronde.

Ketty Luwenyema : En effet, au départ, l’idée maîtresse était un concours de beauté ainsi qu’une télé réalité ; mais au fur et à mesure qu’elle germait, je trouvais le concept superficiel et basique tant le sujet est complexe et comporte plusieurs axes sur lesquels différentes questions pourraient être abordées. La création de l’agence était donc, à mon avis, la meilleure vitrine.

L’Entrevue Magazine : Et l'accueil n'est qu'une partie de votre offre.

Ketty Luwenyema : Nous avons élargi le pan de nos activités :
  • Le service d’accueil évènementiel avec la personnalisation et la gestion de l’interaction avec les clients ;
  • La promotion des produits qui consiste à la vente et à la promotion ;
  • Le casting publicitaire réponds, lui, à certaines exigences de personnages de figuration dans les spots publicitaires.

Nous endossons le rôle de manager afin d’accompagner la figurante dès la négociation à l’exécution de son contrat pour veiller à ses intérêts et à ceux de l’agence. Le milieu évènementiel ayant ses réalités, nous y mettons un point d’honneur.

Le conseil en image consiste à accompagner une personne dans l’amélioration de son image personnelle et professionnelle, en mettant l’accent sur son apparence, son comportement, et sa communication.

L’Entrevue Magazine : Au-delà du beau sourire à afficher, vos équipes sont appelées à détenir des qualités relationnelles importantes. Quelle est votre approche pour répondre à cela ?

Ketty Luwenyema : Effectivement, Nos hôtesses suivent des formations en hôtellerie et en accueil pour une représentation dans tout type d’évènements (expositions, conférences, forums, festivals).

Cela nécessite des compétences en ciblage, personnalisation et la gestion de l’interaction avec les clients, la gestion efficace des ressources et une bonne planification d’horaires. Nous privilégions également la coordination d’un travail efficace en équipe pour la réussite de l’évènement.

L’Entrevue Magazine : En parlant de mannequinat, les congolaises et les congolais ont plutôt une forte carrure. Avez-vous conclu des partenariats avec des couturiers de la place pour leur permettre de présenter leurs créations ? Et pourquoi pas instaurer une tradition évènementielle comme le National Plus Size Appreciation Day aux Etats-Unis ?

Ketty Luwenyema : Nous n’avons pas encore conclu des partenariats avec les couturiers, mais nous collaborons lors de nos défilés avec certains d’entre eux. Le milieu n’étant pas encore été réglementé, avec des cadres bien définis. La plupart des collaborations sont encore conclue sur prestations. Le souhait le plus ardent est bien entendu d’en organiser de façon récurrente à l’instar des fashionweek. C’est un projet que nous avons et nous avons foi de pouvoir le réaliser.

"Il nous faut parfois hausser du ton ou rappeler nos valeurs et se faire respecter."
L’Entrevue Magazine : Quel est votre portfolio à ce jour ?

Ketty Luwenyema : Dans l’activité évènementiel avec le service d’accueil, nous travaillons avec des clients ponctuels qui nous confie l’organisation de certains évènements partant du set up, en passant par la réalisation audiovisuelle et bien évidemment l’accueil. C’est là qu’interviennent mes compétences en communication afin de répondre aux différentes éxigences. Nous voyons OMOA (Opérateur Monétique d’Afrique) à travers le Africa Digital Exposition, le salon de la microfinance, Africell, Marsavco, pour ne citer que ceux là.

L’Entrevue Magazine : A quels types de difficultés votre entreprise fait-elle face ?

Ketty Luwenyema : La première grande difficulté est celui d’éclairer sur nos activités. Particulièrement, les agences de mannequins sont souvent mal réputées, de surcroît être une agence qui parle de la diversité des corps en mettant en avant des femmes rondes peut avoir une connotation irrévérencieuse. Il nous faut parfois hausser du ton ou rappeler nos valeurs et se faire respecter. La deuxième est celle que rencontre toute entreprise oeuvrant dans le secteur privé avec le nerf de la guerre : le financement.

Outre nos activités récurrentes avec nos clients ponctuels, la sollicitation de sponsoring pour l’organisation de nos propres évènements reste difficile d’accès. Nos réalisations se font pour la grande partie sur fonds propres. Ça n’est pas évident à l’heure où la conjoncture et l’économie surtout dans le secteur culturel ne sont pas très florissantes. Mais grâce à la passion qui nous anime, nous arrivons toujours à nos fins à coup de sacrifices et tout le plaisir réside aux vus des résultats.

L’Entrevue Magazine : Un mot pour ce mois de mars, mois de la femme, femme africaine, femme ronde ?

Ketty Luwenyema : Femme ronde, femme africiane, femme fine le mot FEMME est celui qui prévaut et bien que dans ses variations cela ait un impact sur la personnalité, l’important est l’apport considérable qu’elle apporte dans la société pour impacter son entourage, sa communauté. Une femme qui se connaît et qui croit en elle-même est une force inarrêtable. Et pour conclure, j’offre ces paroles de motivation de Hillary Clinton : “Il n’y a pas de plafond pour ce que les femmes peuvent accomplir.”

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